© Photo RMN - F. Raux
Titre : La cavalerie française à la bataille de Sedan.
Auteur : ANONYME
Date représentée : 1 erseptembre 1870
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-517533 / 53.86.1124C
© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN / Pascal Segrette
Titre : Le général Margueritte mortellement blessé à Floing (bataille de Sedan), le 1er septembre 1870.
Auteur : James Alexandre WALKER (1829-1898)
Date représentée : 1 erseptembre 1870
Dimensions : Hauteur 89 cm - Largeur 117 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-524337 / 24926 ; Eb 1554
Les désastreuses batailles de 1870
La guerre de 1870 est entamée par la France pour des raisons complexes. Il est difficile en effet de dire avec précision quelles sont les attentes du pays et du régime impérial au moment d’affronter la redoutable Prusse bismarckienne. Pour cette dernière, assise sur des succès probants au cours des années 1860 (contre l’Autriche notamment), l’objectif est d’achever l’unité allemande en ralliant à la Confédération d’Allemagne du nord que préside la Prusse les États catholiques d’Allemagne du sud, restés jusque là en marge du processus d’unification,
tout en affaiblissant le voisin français. Celui-ci est dirigé par Napoléon III depuis deux décennies. Militairement, cette période se traduit par une alternance de succès, comme en Crimée (1854-1856) ou en Italie (1859-1860) et de revers retentissants (expédition du Mexique (1863). Rien dans ce bilan contrasté ne permet donc de garantir raisonnablement une victoire aisée contre l’ennemi. En outre, l’empereur est le 8 mai 1870 largement plébiscité par la population française. L’idée parfois avancée d’une guerre lancée pour redorer le blason du régime est donc pour le moins incertaine. Peut-être une part de forfanterie jointe au jeu subtilement maîtrisé par Bismarck des engrenages diplomatiques suffit-elle à expliquer le déclenchement d’un conflit qui va rapidement tourner en marche triomphale de la Prusse. En effet, après la victoire française inaugurale du 2 août à Sarrebruck, les défaites s’enchaînent pour la France.
Les atours héroïques d’une défaite
Durant le mois d’août 1870, les revers français conduisent Napoléon III et Mac-Mahon à se replier vers la citadelle de Sedan. Les batailles livrées, pour être perdues, n’en sont pas moins parfois empreintes de panache comme les charges de Reichshoffen, le 6 août, où les cuirassiers française s’élancent en vain sur Morsbrunn et Elsasshausen. De tels faits d’armes héroïques se reproduisent à Sedan, comme le montre la gravure où les cavaliers s’élancent sabre au clair dans le tumulte fumant, sans prêter attention aux pertes nombreuses (hommes à terre au premier plan, cavalier reculant sous l’impact à droite). Fin août, le maréchal Bazaine est coincé à Metz, la présence des troupes prussiennes empêchant tout secours. A la date du 1er septembre, la situation des armées françaises est donc on ne peut plus délicate. A Sedan, comme le dit la légende de la gravure, « dès 11 heures du matin, toute la partie nord-ouest du champ de bataille était battue par un épouvantable feu d’artillerie », expression de la supériorité militaire et stratégique de la Prusse. Le général Margueritte, commandant la 1ère division de la réserve de cavalerie, doit alors partir en reconnaissance, et « reçoit une blessure mortelle », tandis que « ses officiers tombent autour de lui ». La charge de ces hommes est restée célèbre, l’héroïsme dont l’image nous donne une idée venant adoucir les plaies de la défaite. Le cas de Margueritte n’est d’ailleurs pas isolé : « sur 158 généraux et maréchaux de l’armée du Rhin, 16 sont tués entre le 4 août et le 2 septembre, et 45 blessés : soit un taux de perte de 38,6 % » (in S. AUDOIN-ROUZEAU, 1870, la France dans la guerre, p.106). La mort de Jean-Auguste Margueritte est un symbole fort du tour mauvais pris par les affrontements, d’autant que né en 1823 dans la Meuse, il se trouve être un lorrain. 1870 va incidemment faire de ce personnage sans rien d’un va-t-en-guerre, habitué aux charges coloniales, un héros. Les efforts décelables dans la peinture de ses derniers instants par J.A. Walker sont à cet égard significatifs. Placé au centre de l’image, légèrement décalé vers la gauche, le général gravement atteint, soutenu par ses aides de camp dont un porte sa longue-vue, donne dans un ultime effort des instructions en étendant son bras droit. Sa mise en valeur est notamment produite par un effet de flou, qui rend indistincts les deux groupes de cavaliers entourant Margueritte, rehaussant d’autant sa posture. Ces intentions semblent plus prégnantes que le souci de reconstitution fidèle : le général a en effet été atteint d’une balle dans la bouche, ce que rien dans le tableau ne peut laisser deviner.
Il semble que la postérité n’ait pas donné au général Margueritte une place prépondérante, la guerre de 1870 étant au vrai un événement lui-même éclipsé par les deux guerres mondiales. Pourtant, des traces encore visibles aujourd’hui attestent de la place accordée dans les années ayant immédiatement suivi les hostilités, aux « grands hommes » de cette défaite française. A Montpellier, Rennes ou Nantes, des avenues portent encore le nom de l’infortuné général, sans oublier celle qui lui est attribuée à proximité du Champ de Mars. Dans la perspective patriotique qui s’affirme comme un des principaux étayages de la IIIe République, ce qu’il est possible de conserver de 1870 est, d’une part, l’incurie impériale, d’autre part, les actes épiques isolés. A travers ces derniers, on entend donner à voir la permanence de certains traits nationaux français, parmi lesquels le courage dans les situations désespérées tient une bonne place. Parlant des derniers exploits du défunt officier et de ses hommes, le général Boulanger écrira : « le roi Guillaume, du point où il était placé, put assister à cet inutile sacrifice de la cavalerie française, et reconnaître la bravoure de ces régiments » (in Georges Boulanger (Général), L’Invasion allemande, p. 1338). A côté d’un Roland à Roncevaux, ou d’un Turenne à Salzbach, le général Margueritte et ses cavaliers intrépides peuvent aussi faire figure d’icônes édifiantes pour un pays qui, tout en pansant ses plaies, se projette à loisir dans une future revanche.
Auteur : François BOULOC
Bataille de Sedan - batailles - guerre de 1870 - figure héroïque
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