© Photo RMN - H. Lewandowski
Titre : La classe de danse.
Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Dimensions : Hauteur 85 cm - Largeur 75 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Vers 1873-76.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 95-024205 / RF1976
© Photo RMN - H. Lewandowski
Titre : Le Foyer de la danse à l'Opéra de la rue Le Peletier.
Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Date de création : 1872
Date représentée : 1872
Dimensions : Hauteur 35 cm - Largeur 46 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-511289 / RF1977
© Photo RMN - H. Lewandowski
Titre : Danseuses montant un escalier.
Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Dimensions : Hauteur 39 cm - Largeur 89 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02-010142 / RF1979
© Photo RMN - H. Lewandowski
Titre : Répétition d'un ballet sur la scène.
Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Dimensions : Hauteur 65 cm - Largeur 81 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 96-019039 / RF1978
Au XIXe siècle le théâtre de l’Opéra est le lieu incontournable de la vie culturelle et mondaine de la bonne société parisienne ; au cours du siècle, trois salles principales se succèdent pour héberger les spectacles.
L’Opéra de la rue de Richelieu (salle Montansier), inauguré en 1793, est démoli à la suite de l’assassinat du duc de Berry, poignardé par Louis Pierre Louvel à la sortie du théâtre le 13 février 1820. Une nouvelle salle est inaugurée le 19 août 1821 : il s’agit de l’Opéra de la rue Le Peletier, théâtre provisoire qui sera pourtant actif pendant un demi-siècle, jusqu’à sa destruction par un incendie dans la nuit du 28 au 29 octobre 1873.
Quinze ans auparavant, le 14 janvier 1858, Napoléon III se rendant au théâtre échappe miraculeusement à la mort lors d’un attentat préparé par le patriote Felice Orsini pour plaider la cause de l’indépendance italienne. Cet événement tragique (l’attentat cause huit morts et cent cinquante blessés) pousse Napoléon III à annoncer un concours pour la construction d’un nouveau théâtre. Le lauréat du concours, en 1860, est Charles Garnier (1825-1898), auteur d’un projet novateur et grandiose qui correspond bien à l’esprit du Second Empire. Ironie du sort, le nouvel Opéra n’est inauguré qu’en 1875, cinq ans après la chute de l’Empire et deux ans après la mort de Napoléon III, en exil en Angleterre.
Au XIXe siècle l’Opéra de Paris emploie sept cent personnes entre artistes, décorateurs, costumiers, techniciens, etc., dont presque deux cent constituent le corps de ballet.
Bien que l’Opéra continue, dans la seconde moitié du XIXe siècle, à être considéré comme le temple de la danse française, ce sont surtout les artistes étrangères qui remportent la faveur des directeurs et du public. Le déclin de l’école française fait l’objet de plusieurs ouvrages, rédigés par des célébrités du monde de la danse comme Arthur Saint-Léon ou par des professeurs de l’Opéra comme l’italien Giovanni-Léopold Adice. La direction de l’Opéra dédaigne son vivier par amour de l’exotique, et l’intérêt qu’une grande partie du public porte sur la beauté des danseuses plutôt que sur la qualité des ballets ne stimule pas une production toujours à la hauteur de la tradition.
Grandi dans une famille de mélomanes, Edgar Degas (1834-1917) est un habitué de l’Opéra : il apprécie les différentes formes artistiques qui y sont représentées, mais, en dépit de son amour pour l’art lyrique, les chanteurs et les scènes d’opéra lui inspirent très peu d’œuvres, tandis qu’il consacre aux musiciens un cycle de peintures (voir L'orchestre de l'Opéra) et aux danseuses un très grand nombre d’œuvres, aussi variées dans leurs thèmes que dans les techniques employées.
Degas commence à s’intéresser au monde de la danse dans les années 1860, mais ce n’est qu’en 1874 qu’il présente pour la première fois, au premier Salon impressionniste, une œuvre consacrée au ballet. Pendant les années 1870 et 1880 Degas représente les danseuses de l’Opéra de manière réaliste : les contemporains peuvent reconnaître certaines artistes, ainsi que les lieux. C’est le cas de l’Opéra de la rue Le Peletier : lieu fantasmé par Degas longtemps encore après sa destruction, il a été fréquenté par l’artiste dès sa jeunesse. L’affection que Degas lui porte est telle qu’il le fait revivre dans de nombreux tableaux ; cependant, comme d’ailleurs pour l’Opéra Garnier, le peintre ne se soucie pas des détails menus de ces lieux, mais il en reconstitue fidèlement l’esprit en portrayant ceux qui les habitent.
Outre les danseuses, certains maîtres de ballet et professeurs de danse occupent un rôle central dans quelques peintures célèbres représentant les cours et les répétitions ; c’est le cas de Jules Perrot (1810-1892) et Louis Mérante (1828-1887), amis de l’artiste.
Perrot débute à Lyon, sa ville natale, avant de se produire à Paris, d’abord au théâtre de la Gaîté, puis à la Porte Saint-Martin et enfin à l’Opéra, où il travaille de 1830 à 1835. Il mène ensuite une carrière internationale avec sa compagne, l’étoile italienne Carlotta Grisi, pour renouer enfin avec l’Opéra dans sa vieillesse, lorsqu’il est engagé pour donner des cours.
Le parisien Mérante, issu d’une famille de danseurs d’origine italienne, après avoir dansé à Marseille et à Milan débute à l’Opéra en 1848 ; en 1869 il est nommé premier maître de ballet. Danseur et mime exquis, il interprète jusqu’à un âge avancé les rôles masculins dans ses ballets mais, en privilégiant les danseuses, il contribue au déclin de la danse masculine (voir Degas et la célébration de la danse féminine à l'Opéra).
Parfait connaisseur de tous les lieux de l’Opéra, Degas s’éloigne des conventions visuelles qui pèsent sur l’iconographie théâtrale de l’époque, aussi bien dans la composition que dans le choix des situations.
La Classe de danse en est un exemple. Les danseuses sont réunies autour du maître de ballet Jules Perrot, qui s’appuie à un bâton et donne des indications à une danseuse. Le bâton représente le centre symbolique de la scène, l’autorité du maître de ballet qui transmet ses connaissances aux jeunes générations, mais Degas apporte à la scène une note de réalisme teintée d’humour en plaçant au premier plan, sur la gauche, une danseuse assise sans gêne sur le piano qui se gratte ostensiblement le dos, et une autre, debout, qui porte une grande fleur rouge dans les cheveux et tient un éventail à la main. Le détail du petit chien rajoute une touche de coquetterie, tandis que l’arrosoir sur la gauche, loin d’être frivole, sert à mouiller le sol pour empêcher aux danseurs de glisser.
Le Foyer de la danse à l’Opéra de la rue Le Peletier, peint quelques années auparavant, est d’une composition plus ordonnée. L’arcade du miroir qui occupe la partie centrale du fond confère une touche de classicisme à l’ensemble, tandis que le détail de la chaise au premier plan apporte une note de réalisme. Le maître de ballet est ici Louis Mérante : comme Perrot, il tient un bâton mais, plus jeune, il n’a pas besoin de s’y appuyer et lève sa main gauche dans un geste hiératique. A sa droite, le violoniste attend qu’il cesse de parler pour se mettre à jouer ; son pupitre occupe une place analogue à celle du bâton de Perrot, probablement en hommage aux musiciens de l’Opéra.
Au lieu de regarder Mérante, la ballerine qui s’apprête à exécuter sa variation est plutôt orientée vers une collègue en position de repos et sa posture est reprise par une figure énigmatique, située en dehors du foyer, derrière une porte qui ne laisse voir qu’une jambe et une partie du tutu.
Le tableau Danseuses montant un escalier aborde de manière inédite une situation banale. Ce tableau au format très original est divisé en deux parties par la figure centrale de la danseuse qui atteint le sommet de l’escalier. Au lieu d’utiliser la toile sur sa hauteur pour représenter le mouvement d’ascension en soulignant la verticalité de l’escalier, Degas préfère développer la scène dans sa longueur : seule la dernière marche est visible et la différence de niveau entre les têtes des trois danseuses suffit à rendre la montée.
La Répétition d’un ballet sur la scène, premier tableau sur la danse exposé par Degas, montre le travail des danseuses sur la scène, avec un fort contraste, fascinant de réalisme, entre les attitudes gracieuses des ballerines en action sur le fond et les poses inélégantes des danseuses au premier plan. La peinture en camaïeu crée une atmosphère lunaire qui n’est pas sans évoquer les ballets blancs, symboles du romantisme : Giselle et La Sylphide (voir Marie Taglioni et l’apogée du ballet romantique).
Le cursus honorum des danseurs de l’Opéra compte cinq échelons : quadrille, coryphée, sujet, premier danseur et étoile ; seuls les plus talentueux et dévoués peuvent sortir du corps de ballet et accéder au sommet de la hiérarchie, mais il arrive parfois qu’une danseuse profite de l’appui d’un protecteur influent pour faire carrière.
Degas rend justice au Foyer de l’Opéra, trop souvent associé aux rencontres galantes entre les danseuses et les abonnés mais dont on oublie qu’il est aussi utilisé pour les cours de danse et de pantomime des premiers danseurs et pour les répétitions des étoiles.
Le succès de Degas comme « peintre des danseuses » est essentiellement dû au sujet plutôt qu’à la manière dont il est abordé. Comme les danseuses sont l’objet du désir de propriété des riches bourgeois et aristocrates, ainsi les tableaux qui les représentent deviennent un objet de collection et le symbole d’une société qui se plaît à vivre comme dans un spectacle. Pourtant, tout en se situant dans la société du Second Empire et de la IIIe République, Degas ne la représente pas directement : l’Opéra ne l’intéresse pas pour ses spectateurs, représentants du grand monde, mais pour ses acteurs ; s’il participe à l’engouement général pour le ballet et les danseuses, il le fait de manière originale, en évitant l’extériorité et la vanité qui charme les ballettomanes pour aller au cœur du monde de la danse.
Auteur : Gabriella ASARO
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