L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Degas et la vie quotidienne des danseuses de l'Opéra

Danseuse mettant son bas, troisième étude. Danseuse mettant son bas, troisième étude.
Edgar DEGAS.
Danseuse regardant la plante de son pied droit, troisième étude. Danseuse regardant la plante de son pied droit, troisième étude.
Edgar DEGAS.
Deux danseuses roses. Deux danseuses roses.
Edgar DEGAS.
Danseuses bleues. Danseuses bleues.
Edgar DEGAS.
Danseuse mettant son bas, troisième étude.

© Photo RMN - H. Lewandowski

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Titre : Danseuse mettant son bas, troisième étude.

Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Dimensions : Hauteur 47 cm - Largeur 20 cm
Technique et autres indications : Bronze, fonte à la cire perdue.
Vers 1896-1911.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-014146 / RF2078

Danseuse regardant la plante de son pied droit, troisième étude.

© Photo RMN - J. Schormans

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Titre : Danseuse regardant la plante de son pied droit, troisième étude.

Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Dimensions : Hauteur 46.2 cm - Largeur 25 cm
Technique et autres indications : Bronze, fonte à la cire perdue.
Vers 1882-1895 ou 1900-1910.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 85-002502-02 / RF2098

Deux danseuses roses.

© Photo RMN - R. G. Ojeda / T. Le Mage

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Titre : Deux danseuses roses.

Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Dimensions : Hauteur 76 cm - Largeur 71 cm
Technique et autres indications : Pastel.
Vers 1890.
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Lyon (Lyon) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98-003091 / Inv.1997-30

Danseuses bleues.

© Photo RMN - H. Lewandowski

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Titre : Danseuses bleues.

Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Dimensions : Hauteur 86 cm - Largeur 75.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Vers 1893.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-005721 / RF1951-10


Contexte historique

Depuis la fin des années 1860, Degas suit les danseuses pendant les classes et les entraînements réguliers, près des feux de la rampe et même dans les coulisses, en assistant non seulement à leur travail, mais aussi à leur repos. Dans ses études au pastel et à la cire, il approfondit ses recherches sur les mouvements des danseuses, en privilégiant les salles de répétition et les loges, où il peut observer leur vie quotidienne. En dépit de l’intimité des instants qu’il saisit, le regard de Degas n’est jamais indiscret ; il travaille inlassablement pour reproduire fidèlement les gestes qui sont parfois révélateurs de la psychologie des danseuses.
Dès les années 1890, l’artiste se concentre sur la figure de la danseuse en elle-même, sans se soucier de l’insérer dans un espace précis et reconnaissable. Il s’agit souvent de danseuses dans les coulisses, sans aucun détail qui permette d’identifier les ballets. À l’image du répertoire éphémère de l’Opéra sous la IIIe République, les danseuses sont saisies dans leur essence – couleur et mouvement – plutôt que situées dans un contexte précis.

L’intérêt de Degas pour les danseuses révèle une obsession pour l’univers féminin croissant avec l’âge (une série de nus de femmes datent des années 1890) et qui est sans doute partagée par la société de l’époque, comme en témoigne le succès que ses œuvres obtiennent de son vivant auprès des critiques et des amateurs d’art. Cependant, la manière dont l’artiste aborde les thèmes du corps féminin et de la danse est nettement différente de celle qui caractérise un artiste contemporain comme Henri Toulouse-Lautrec. Degas, en fait, atteint l’immatériel par le matériel, ce qui suscite l’intérêt des symbolistes Stéphane Mallarmé et Paul Valéry.

En vieillissant, Degas se consacre à la sculpture (voir Degas sculpteur et le réalisme audacieux de la Petite danseuse de 14 ans) tout en approfondissant ses recherches sur la couleur. Il travaille toujours à partir d’un dessin mais, la faiblesse de sa vue ne lui permettant plus de réaliser des œuvres riches de détails comme ses premières toiles peintes à l’huile, il agrandit les contours des dessins et réalise des pastels et des huiles où la couleur est à la fois dessin et matière.

Les gestes ordinaires des danseuses charment Degas non seulement par leur naturel, mais aussi parce qu’ils lui rappellent parfois des œuvres de l’antiquité.


Analyse des images

La Danseuse mettant son bas montre l’habillement qui précède le travail. La posture, debout, laisse supposer qu’elle est pressée, mais la raison de sa hâte n’a aucune importance : Degas a vu dans l’incommodité de cette position un nouveau défi à relever. Dans cette danseuse il voit revivre une œuvre classique, copiée dans un carnet de sa jeunesse : une figure masculine qui attache sa sandale, observée sur la frise du Parthénon. La jambe d’appui est pliée, le dos et la tête sont légèrement courbés en avant tandis que les doigts crispés de la danseuse tirent le tissu léger du bas pour le remonter le long des jambes. On retrouve ici l’habileté de Degas à reproduire les mains dont il fait preuve dans ses dessins et peintures.

La Danseuse regardant la plante de son pied droit reflète le dualisme esthétique de Degas, vériste et classiciste. Le sujet de cette sculpture évoque le Spinario ou Tireur d’épine, type statuaire représentant un adolescent en train d’ôter une épine de son pied qui a inspiré maintes représentations, dont un célèbre bronze conservé au Musée du Capitole à Rome. Les pieds, si précieux pour une danseuse, sont très fragiles : le travail sur les pointes provoque des blessures, et marcher pieds nus sur le plancher peut être aussi dangereux. La posture incommode de la danseuse, censée peut-être s’appuyer sur un mur, comme le suggère la position du bras gauche, se prête à une œuvre où l’hommage aux classiques est rafraîchi par un réalisme non dépourvu d’humour.

Deux danseuses roses représente deux femmes en tutu, assises sur un banc, qui se préparent semble-t-il à une représentation. La ballerine à gauche fait son chignon, celle qui est à droite vérifie les lacets d’un de ses chaussons en appuyant sa jambe sur le banc. Les lignes sombres des corps des danseuses donnent un double effet de contour et de clair-obscur, en contraste avec le rose des tutus. Ces derniers s’ouvrent comme des fleurs dans la partie centrale du tableau, et ressortent sur le fond et le sol aux couleurs neutres. La proximité des têtes des danseuses fait supposer qu’elles discutent, ce qui rend davantage réaliste cette scène de vie quotidienne.

Danseuses bleues montre un groupe dans les coulisses pendant une répétition ou une représentation. La couleur des costumes au premier plan donne le titre à ce pastel, tandis que, sur le fond, des danseuses habillées en jaune se confondent presque avec les décors. Degas ne se soucie plus des détails, mais sa maîtrise du sujet est désormais totale : les traits sont devenus plus fins et plus rares ; la couleur domine dans des textures différentes qui permettent de créer les volumes et les clairs-obscurs des corps et des tutus. Degas a observé les gestes des danseuses qui ajustent leur coiffure ou les épaulettes de leurs costumes et il les rend ici dans tout leur charme, de même que la position de la danseuse au premier plan qui tient ses mains sur les hanches et regarde son pied gauche dont la pointe presse le sol pour faire travailler la courbe du cou-de-pied.


Interprétation

Toujours fidèle à son esthétique, Degas privilégie les points de vue insolites plutôt qu’une monotone symétrie, les instants cachés mais précieux qui précèdent ou qui suivent les spectacles plutôt que l’action sur scène qui suscite les applaudissements du public. Le manque de précision des derniers tableaux, loin d’être un défaut, a le mérite de réduire à l’essentiel le traitement du sujet, en exaltant l’esprit du monde du ballet à travers des lignes épurées et des couleurs éblouissantes.

Cette quête d’essentialité dans la vérité atteint le sommet dans les sculptures, où Degas représente des figures isolées de danseuses sans se soucier de les rendre gracieuses comme lorsqu’elles sont sur la scène, dévoilant ainsi les secrets d’un monde où l’artifice ne supprime jamais complètement le naturel.

Parti du mouvement réaliste, puis rattaché au courant impressionniste, Degas reflète les changements culturels de son époque tout en gardant son individualité artistique.

Auteur : Gabriella ASARO


Bibliographie

  • Patrick BADE, Degas. Les chefs-d’œuvre, Paris, Hazan, 1994. Traduit de l’anglais par Jacques-François Piquet.
  • Jill DEVONYAR – Richard KENDALL, Degas et la danse, Paris, Éditions de La Martinière, 2004. Traduit de l’américain par Christine Piot.
  • Antoine TERRASSE, Tout Degas, Paris, Flammarion, 1982, 2 volumes.

Mots-clés

danse - impressionnisme - nu - sculpture

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