© Photo RMN - R. G. Ojeda
Titre : Marie-Madeleine Guimard.
Auteur : Jean-Honoré FRAGONARD (1732-1806)
Dimensions : Hauteur 81.5 cm - Largeur 65 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-003542 / RF 1974-1
© Photo RMN - J.-G. Berizzi
Titre : Edmond de Goncourt.
Auteur : Félix BRACQUEMOND (1833-1914)
Date de création : 1880
Date représentée : 1880
Dimensions : Hauteur 55 cm - Largeur 35 cm
Technique et autres indications : Fusain, estompe, toile.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-022311 / RF22889
L’esprit galant du XVIIIe siècle et ses protagonistes reviennent à la mode dans la seconde moitié du XIXe siècle : les compositeurs se penchent sur la musique et le monde du XVIIIe siècle pour puiser leur inspiration, un intérêt qui se poursuit au début du XXe siècle et contribue au développement du courant néoclassique. Surtout dans l’opéra, les références au Siècle des Lumières sont très fréquentes : Auber en 1856 et Massenet en 1884 s’inspirent du roman de l’abbé Prévost pour leurs versions lyriques de Manon Lescaut. Dumas fils créé en 1848 le touchant personnage de Marguerite dans La Dame aux camélias, qui inspirera à son tour Verdi pour Violetta dans La Traviata (1853). Sur le plan musical, l’intérêt pour le XVIIIe siècle et le culte pour Mozart et le classicisme viennois est parfois révélateur d’un désir de « refoulement du romantisme », par exemple, chez Saint-Saëns.
Les historiens et les hommes de lettres s’intéressent également aux artistes du Siècle des Lumières. Les frères Goncourt jouent un rôle très important dans cette redécouverte. Edmond, passionné d’art et grand collectionneur, a le mérite d’avoir redécouvert les artistes peintres du siècle précédent (L’Art du XVIIIe siècle, en deux volumes, 1874), et notamment Watteau, auquel il consacre une monographie en 1876.
Dans son exploration du XVIIIe siècle, Edmond de Goncourt fait la rencontre de Marie-Madeleine Guimard (1743-1816), surnommée « la Terpsichore du XVIIIe siècle », qui avait fait le charme de la cour de Louis XV et de Louis XVI, devenant l’une des artistes les plus acclamées et les plus influentes à l’Opéra. Goncourt lui consacre une longue biographie détaillée, publiée en 1893 sous le titre La Guimard, d'après les registres des Menus Plaisirs, de la bibliothèque de l'Opéra, etc., etc.
Cet intérêt pour les danseurs du XVIIIe siècle est confirmé par la publication, une année plus tard, des souvenirs inédits du mari de la Guimard, le danseur, chorégraphe et poète-chansonnier Jean-Étienne Despréaux (1748-1820), par Albert Firmin-Didot. Ce dernier rend justice à un artiste intelligent, spirituel et aux talents multiples qui n’était pas indigne de la charmante Guimard, contrairement à ce qu’affirme Edmond de Goncourt.
Le portrait magnifique réalisé par Fragonard montre une Guimard rayonnante de grâce et de beauté : la douceur de son regard et l’espièglerie de son sourire illuminent son visage et révèlent tout le pouvoir de séduction de la danseuse, représentée ici au sommet de son charme. On ne peut pas regarder ce portrait sans avoir à l’esprit les vers que son mari Jean-Étienne Despréaux écrit pour elle dans le deuxième Chant de L’Art de la Danse : « Telle qu’une bergère, au plus beau jour de fête, / De superbes rubis ne charge point sa tête, / Et, sans mêler à l’or l’éclat des diamans, / Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornemens, / Telle, Guimard, pour plaire, imitant la nature, / Semble avoir de Vénus, dérobé la ceinture. / Son air simple et naïf n’a rien de fastueux; / Elle enivre à la fois et le cœur et les yeux: / Par elle, tout reçoit une nouvelle grace. / Sans cesse elle nous charme, et jamais ne nous lasse; / Et ses bras délicats, par des contours charmans, / Nous peignent du roseau les souples mouvemens ».
Edmond de Goncourt est représenté par Bracquemond dans son bureau, entouré d’œuvres d’arts. Comme son frère Jules, disparu prématurément en 1870, il vit pour l’art et l’écriture et trouve une source inépuisable d’inspiration dans la vie des hommes et des femmes du passé qu’il retrace minutieusement dans ses ouvrages biographiques et historiques.
À une époque où le ballet français s’est désormais enraciné dans la vie bourgeoise, Edmond de Goncourt fait revivre les fastes de Versailles. À la fin du siècle qui a célébré des femmes idéales et aériennes comme la Sylphide, la Péri et Giselle transformée en Willi, il retrace l’histoire d’une femme d’esprit, connue autant pour ses qualités artistiques que pour ses aventures galantes. Bien que ses détracteurs lui reprochent une excessive maigreur et une beauté plus qu’ordinaire, Marie-Madeleine Guimard sait user de ses charmes, ce qui lui permet de devenir l’artiste la plus riche de l’Académie Royale de Musique. Au sommet de sa gloire, elle possède un hôtel particulier à Paris et un autre à Pantin : dans ces deux résidences elle fait construire deux théâtres ; celui de Pantin est appelé, en son honneur, « le Temple de Terpsichore » : c’est ici qu’elle fait représenter – et joue parfois elle-même – des pièces érotiques. Luxe et luxure lui sont pardonnés en raison de sa générosité envers les pauvres : la Guimard n’a pas oublié la misère qui l’avait accompagnée pendant son enfance et son adolescence.
Courtisane convoitée par les hommes les plus influents de la Cour, la Guimard laisse à Jean-Benjamin de Laborde et à Charles de Rohan, prince de Soubise, les rôles respectifs d’amant utile et d’amant honoraire, tandis qu’elle choisit comme gréluchons (amants du cœur) quelques uns parmi ses collègues danseurs. Femme libre, la Guimard ne contracte aucun mariage d’intérêt mais épouse, en 1789 et à la fin de sa longue carrière, le collègue Jean-Étienne Despréaux. Bien que Goncourt regrette que cette femme hors du commun, se voyant vieillir, n’ait épousé qu’un danseur beaucoup moins célèbre qu’elle, le choix d’un tel mari est, en réalité, une preuve ultérieure de l’esprit d’indépendance de la Guimard : elle décide ainsi de vivre aux côtés d’un homme d’esprit, qui partage avec elle l’amour pour la danse et pour les plaisirs de la vie. De plus, Despréaux est un poète et célèbre dans ses vers la beauté, le charme et le talent de danseuse et de mime de son épouse.
Marie-Madeleine Guimard représente le sommet de la danse théâtrale de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Dans sa longue carrière, elle incarne l’esprit authentique de la danse académique française, résistant encore aux tentations de la virtuosité qui commencent à contaminer les planches de l’Opéra pour garder la pureté du style français. Au lieu de céder aux appâts d’une technique dépourvue d’âme et de captiver le public grâce à des virtuosités sans charme, elle développe un style élégant et mesuré, basé sur la grâce, la légèreté et l’expressivité. Par ses qualités exceptionnelles de mime, la Guimard excelle dans les créations de Jean-Georges Noverre, qui théorise le ballet-pantomime comme la forme de danse théâtrale la plus adaptée à raconter une histoire et à exprimer les émotions et les sentiments des personnages.
Auteur : Gabriella ASARO
Ancien Régime - danse - Marie-Madeleine Guimard - Opéra de Paris - vie de cour
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