L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Paris : le port de l'Hôtel de ville

Paris, scène de marché au port de l'Hôtel de Ville.

© Photo RMN - H. Lewandowski

Agrandissement - Zoom

Titre : Paris, scène de marché au port de l'Hôtel de Ville.

Auteur : Charles NÈGRE (1820-1880)
Dimensions : Hauteur 15 cm - Largeur 19.9 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier salé.
Vers 1851.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02-013690 / PHO2002-2-1


Contexte historique

Nouvelles techniques photographiques dans la France du décollage industriel

En 1851, la deuxième République est affaiblie par les contradictions sociales entre le peuple et la bourgeoisie, maîtresse du jeu politique à travers le parti de l’ordre. Le régime ne survit pas au coup d’état fomenté par le président Louis Napoléon Bonaparte. Parallèlement à ces turbulences politiques, la France du milieu du XIXe siècle connaît de très profondes mutations économiques et sociales provoquées par le processus d'industrialisation, ce dernier s'accompagnant et reposant sur nombre d'innovations techniques et de progrès décisifs dans les transports. Deux ans auparavant s’est achevée la construction des grandes gares parisiennes, marquant la nouvelle domination du mode ferroviaire.
Depuis 1826 et la première réalisation de Niepce, la photographie compte au nombre des innovations techniques majeures qui caractérisent l’âge industriel. En 1851 Charles Nègre apparaît comme un photographe pionnier. Sa « scène de marché au port de l’hôtel de ville », présentée récemment au sein des « chefs d’œuvre de la collection photographique du musée d’Orsay » a les qualités de « l’instantané » malgré son format relativement grand et la grande lenteur du procédé employé.


Analyse de l'image

Un artiste-photographe rend la vie d’un des plus vieux ports de Paris

L’activité portuaire du lieu remonte au Moyen Age. Le roi attribue alors une partie du rivage à la Hanse parisienne de la corporation des marchands de l’eau. Tout au long des siècles suivants, le site est consacré à une double activité d’approvisionnement et de marché.
Installé en 1849 à l’Ile saint Louis, Charles Nègre découvre le port de l’Hôtel de ville où la grève a laissé place à un quai de pierre. Ce port, construit en contrebas du quai du même nom est séparé des premiers immeuble dont les silhouettes, murs blancs et toit de zinc, bornent l’arrière plan. Sur le port se tient un marché de primeurs, en particulier de pommes et de poires pendant la saison des fruits d’hiver. Au long de la chaussée, au premier plan côté Seine, les maraîchers ont disposé leurs fruits. Les primeurs sont présentés dans des paniers d’osier. Les chalands défilent le long du mur du quai. L’ambition novatrice de l’artiste, saluée en son temps dans l’enthousiasme est, comme Jules Edouard Marey avec le chronophotographe, de restituer la vie de cet espace. C’est par le « flou », bien évidemment intentionnel qu’il entend y parvenir. Ainsi les chalands se dessinent plus ou moins précisément en fonction de leur déplacement ou de leur station, debout devant un étal.


Interprétation

Paris, premier port de France. La fin de l’âge d’or des « chemins qui marchent »

Charles Nègre témoigne de l’intense activité que représentait le ravitaillement de la capitale au XIXe siècle, dans la continuité de la période moderne. Au début du siècle les transports sont assurés par la force animale et par les forces naturelles, en particulier par les rivières et canaux, ces « chemins qui marchent ». Paris, premier port de France jusqu’au Second Empire échelonnait ses implantations à l’est (ports de l’hôtel de ville, de la Râpée, du Gros Caillou). Traditionnellement les ports les plus utilisés se situaient en amont du fleuve, le cours de la Seine étant difficile d’accès plus loin, eu égard aux nombreux ponts, moulins et barges ancrées le long de ses quais. Il était en outre plus aisé d’utiliser le courant d’amont en aval. Lors des premières décennies du siècle se met en place la révolution des transports qui va faire péricliter la batellerie et les autres modes de l’économie d’Ancien Régime, considérés désormais comme risqués, coûteux et lents. S’il s’est agi dans un premier temps d’améliorer ce qui existait déjà - construction de quais dans Paris garantissant un meilleur accès- ou percement de nouveaux canaux ( Saint Denis et de Saint Martin en 1826), d’autres modes vont triompher. Commence alors l'hégémonie du chemin de fer. En 1849 s’achève le chantier de la Gare de Lyon, dernière grande gare parisienne à sortir de terre.

Auteur : Bernard COLOMB


Bibliographie

  • Isabelle BACKOUCHE, La Trace du fleuve. La Seine et Paris (1750-1850), Paris, Éditions de l'EHESS, 2000.
  • Pierre DELFAUD, Claude GERARD, Pierre GUILLAUME, Jean-Alain LE SOURD, Nouvelle histoire économique, Paris, Armand Colin, 1985.
  • Georges DUBY (dir.), Histoire de la France urbaine, t .4, La Ville de l’âge industriel, par Maurice Agulhon, Françoise Choay, Maurice Crubellier, Yves Lequin, Marcel Roncayolo, Paris, Seuil, 1983, réed coll. « Points Histoire », 1998.
  • Marc GAILLARD, Paris au XIXe siècle, Paris, AGEP, 1991.
  • Jacques HILLAIRET, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, éditions de Minuit, 1985.

Mots-clés

Paris - photographie - port - révolution industrielle

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