© Photo RMN - J.-G. Berizzi
Titre : Le port de Bordeaux.
Auteur : Eugène-Louis BOUDIN (1824-1898)
Date de création : 1874
Date représentée : 1874
Dimensions : Hauteur 70.5 cm - Largeur 102 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-010321 / RF2716
Le dynamisme retrouvé de l’ancienne porte des Antilles
Dans le dernier tiers du XIXe siècle, le port de Bordeaux a connu une période de croissance remarquable alors que, à partir de 1873, plusieurs crises secouaient l’économie des pays industrialisés. En France, la multiplication des expériences politiques depuis 1789, n’a pas empêché le pays d’entrer de plain pied dans l’âge industriel, suivant et imitant l’Angleterre. L’instabilité politique est encore à l’ordre du jour en 1874. La Troisième République, proclamée quatre ans auparavant reste menacée dans son existence par la puissance des monarchistes qui, en 1873, sont parvenus à remplacer le président Thiers par Mac Mahon. Au delà des turbulences politiques du moment, le choix économique du libre-échange opéré par le régime impérial dès 1860 concoure à la prospérité retrouvée de la ville et de sont port. Bordeaux, porte sur l’Atlantique avait connu une période d’enrichissement lorsque le commerce transatlantique triangulaire battait son plein. Puis étaient venues les années moins fastes avec, en 1806, la mise en place du blocus continental par Napoléon Ie. Dans cette ville qui a manqué le rendez-vous de l’industrialisation sous le Second Empire, l’activité portuaire constitue le témoin et le vecteur essentiel du dynamisme économique. Pendant l’année 1874, Eugène Boudin y résida et représenta à plusieurs reprises le port, utilisant une technique proche de celle de ses amis impressionnistes avec lesquels il exposa pour la première fois cette même année.
Eugène Boudin saisit l’activité bruissante du commerce du vin
Le peintre s’est installé au dessus du quai des Chartrons (un quartier intimement lié au commerce portuaire), au nord-ouest de Bordeaux et saisit, dans une composition bipartite, l’activité frénétique qu’il ne goûtait guère. La moitié supérieure du tableau est marquée par l’agitation des éléments. Les nuages cachent le soleil aquitain, dont on devine l’intensité grâce aux rayons qui, perçant les nuées, révèlent la blancheur de la ville à droite de la flèche de l’église saint Michel.
La partie inférieure répond à cette agitation. Au premier plan, sur la rive sablonneuse auprès de laquelle sont amarrées les allèges se dresse un kiosque octogonal. Non loin, des barriques s’alignent, en attente de chargement. Celles-ci sont transportées par des fardiers assurant le transbordement entre les wagons (un embranchement ferroviaire s’achève à droite) et les bateaux. Des groupes d’hommes et de femmes s’égrènent sur la grève parmi lesquels nombre d’acteurs du commerce du vin. Le fleuve, d’une blancheur laiteuse est couvert de bateaux au mouillage, voiliers en majorité, en instance de chargement, avant leur départ vers l’Europe du Nord ou le Nouveau monde.
Succès de la bourgeoisie négociante
Le rendez-vous manqué avec la Révolution industrielle n’empêche pas Bordeaux et son port d’être dynamiques. La conjoncture locale suit les fluctuations nationales, croissance jusqu’en 1880, ralentissement (1880-1900) puis prospérité de la Belle Epoque. Entre 1860 et 1880, les importations (essentiellement des matières premières) et les exportations (vins) triplent en volume et en valeur. Plus que le cabotage, c’est le commerce avec l’extérieur qui progresse entre le Second Empire et la Troisième République. Il se répartit entre l’Europe du Nord dominée par le pôle londonien, et le Nouveau Monde où les pays latino-américains émergent au côté des Etats-Unis. Les Antilles ne constituent plus un marché dynamique. Le libre-échange profite aux activités. La chambre de commerce, émanation de la bourgeoisie négociante, ne s’y trompe pas qui dénonce toute menace protectionniste. Depuis 1860, ces entrepreneurs tissent un réseau serré de relations avec l’étranger et modernisent la flotte. Leur esprit d’entreprise se traduit avant 1914 par la construction de nouvelles infrastructures portuaires et par le développement d’un pôle industriel moderne.
Auteur : Bernard COLOMB
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